Effet différencié d’un perturbateur endocrinien sur les sécrétions hormonales gonadiques

19 mars 2021

Une étude menée par l’UMR Inserm 1083 (Inserm, CNRS, Université d’Angers), sous la tutelle de Mathilde Munier. met en évidence que le DDT (perturbateur endocrinien) module différemment les voies de signalisation associée au hCG/LH récepteur (AMPc et beta-arrestine), ce qui se traduit par un effet différent sur la sécrétion hormonale.

 

Mathilde Munier et ses collègues étudient particulièrement les récepteurs couplés aux protéines G (RCPG) comme cibles des perturbateurs endocriniens(1). Les récepteurs mentionnés par la suite font tous partis de cette catégorie.
Dans une précédente publication (Suteau, Environment International, 2020 ; doi: 10.1016/j.envint.2020.105585Munier et al. ont montré les effets de composés chimiques (les phtalates (2) DEHP et DBP, ainsi que le Bisphénol A) sur le récepteur de l’INSL3(RXFP2) (3). Testés individuellement, à des concentrations équivalentes à celles retrouvées dans le liquide amniotique humain, ils potentialisent l’activité du récepteur RXFP2. Mais lorsqu’elles sont combinées, ces trois molécules inhibent l’activité de ce même récepteur. Ces données soulignent l’importance de tester des combinaisons de perturbateurs endocriniens pour s’assurer de l’ensemble des effets produits chez l’Homme. 

Pour faire suite à ces résultats, l’équipe s’est intéressée à un autre perturbateur endocrinien : le DDT. C’est un pesticide rémanent dans l’environnement et les milieux biologiques, bien qu’interdit dans les pays occidentaux. L’étude récemment publiée (Munier, Archives of Toxicology, 2021 ; doi: 10.1007/s00204-021-03007-1) met en évidence les effets du DTT sur la sécrétion hormonale contrôlée par la LH(4) ou l’hCG(5). Ils ont constaté que le DDT agit en tant que modulateur allostérique (6) négatif biaisé, du récepteur commun à la LH et à l’hCG. Ceci se traduit par une inhibition de la sécrétion de la progestérone sans modifier celle de la testostérone.  

   À travers ces résultats de recherche, nous comprenons que les RCPG, notamment ceux présents dans les gonades (5), sont des cibles des perturbateurs endocriniens. Ceci explique l’importance des travaux de Munier et al. afin de mieux appréhender les effets délétères des perturbateurs endocriniens sur la fonction de reproduction. 

 

(1) - Perturbateur endocrinien : "Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous) - populations". OMS 2002

(2) - Phtalate : produit chimique dérivé de l’acide phtalique. Les phtalates sont généralement utilisés comme plastifiants dans les produits en PVC. 

(3) - INSL3 : Insulin-Like 3 Peptide 

(4) - LH: hormone lutéinisante 

(5) - hCG : hormone chorionique gonadotrope humaine 

(6) - Modulateur allostérique : Molécule qui se fixe sur un site allostérique (site différent du site actif du récepteur). La fixation du modulateur allostérique entraine une modulation spécifique de la signalisation endogène du récepteur. On parle de modulation allostérique négative lorsque la liaison du modulateur induit un ralentissement de l’activité du récepteur. Dans le cas inverse, lorsqu’il y a augmentation de l’activité, on parle de modulation allostérique positive. 

Note : Gonades : organe sexuel qui produit les gamètes : les ovaires et les testicules


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